Sorties du chapot

Théâtre, cirque et sorties diverses…

« La Religieuse »…un bestiaire religieux diablement bien amené

Classé dans : Critiques,Sorties à venir — 6 avril, 2012 @ 9:38

Denis Diderot faisait scandale dans les salons au XVIII ème siècle en publiant son roman « La Religieuse ». Nos poils se hérissent à nouveau et nous nous levons… non pas d’indignation mais bien d’admiration, pour saluer l’adaptation pleine d’émotions d’Anne Théron et la prestation à fleur de peau de la comédienne et danseuse Marie-Laure Crochant.

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 « La Religieuse » © Emmanuel Rioufol

 Nous connaissons de Denis Diderot son coté humaniste et défenseur des droits. Un peu moins son enfance perturbée par des années passées dans un collège jésuite, une sœur qui mourut dans un couvent, des études de théologie qui n’aboutirent pas, au grand dam de son père, à une carrière ecclésiastique. Ce qu’il en a retenu ? Une profonde aversion pour l’état religieux.

 C’est le propos de La Religieuse. Suzanne, fruit du péché d’adultère de sa mère, se voit contrainte d’endosser le voile afin d’expier la faute de sa génitrice. Elle se rebelle contre ce destin imposé qui n’est – elle le sait – pas le sien et intente un procès pour être libérée de ses vœux prononcés malgré elle.
Commence alors pour elle une descente aux enfers. Incomprise, fustigée et humiliée. Récluse dans sa cellule, sans nourriture ni couverture, ses compagnes sensées être des modèles de piété pleines d’humanité se révèlent être des païennes vengeresses.
Lorsque enfin – nous n’y croyions presque plus ! – l’espoir semble renaître, c’est sous la forme d’une mère supérieure attentionnée, séductrice et attirée par la candide naïveté de notre pestiférée. Moutons, fauves, mantes religieuses, Suzanne évolue au milieu d’un bestiaire religieux qui fait peur.

 Le choix de son destin

Pieuses condescendantes, cons indécents et sans descendance… les mœurs de l’époque ne permettaient pas aux individus de choisir leur destin, encore moins quand ils naissaient filles ! En dénonçant les actes des protagonistes, l’auteur accuse la société castratrice, pleine de jugement et machiste de son époque et porte l’étendard des féministes. Libertinage, avortement, homosexualité, autant d’agissements inconcevables alors pour une femme. La frustration qui découle de ces interdits fait des femmes des êtres enfermés et comprimés dans leur propre corps, dans leur esprit et dans leur âme. Poussées parfois à l’extrême, c’est alors qu’elles commettent suicides, abandon d’enfants… la comédienne exprime cela avec une profonde justesse: mouvements répétés jusqu’à l’absurde, course effrénée, un lexique dansé de l’enfermement des femmes.

 Saluons la prestation de Marie-Laure Crochant. Seule sur scène, elle est principalement la voix de Suzanne, plus occasionnellement celles de sa mère, la Mère Supérieure et quelques autres.
« C’est très simple de jouer un rôle. On entre et c’est tout […].On entre et on abandonne son désespoir. C’est simple. Et le public le sent immédiatement, si on est entré, ou pas. Si on a fait ce saut dans le vide. »* Eh bien Marie-Laure Crochant est de ces comédiens !
Elle nous fait frémir, blêmir, nous taire et presque pleurer. Fine et fluette, sa voix monte et se pose dans l’espace. Elle ne prend pas beaucoup de place sur scène et pourtant sa voix l’impose dans la salle. Elle nous envahit et nous transporte dans sa cellule : nous sommes muets d’indignation contre ce qui lui arrive.

La mise en scène est à l’image de la distribution : unique élément de décor, un grand voile habille le mur du fond, la scène et la danseuse. Suzanne crie son désespoir et Marie-Laure le danse, Suzanne pleure son enfermement et le voile blanc devient tour à tour camisole de force et prison.
Parfois la voix de la religieuse lutte contre la musique, d’autres fois le blanc du drap s’adoucit au contact des couleurs et nous promet, pour elle, des jours meilleurs. Ne nous y trompons pas! Nous connaissons l’issue du combat, nous devinons le gagnant ! Pourtant, tout au long de l’histoire, nous espérons.

*Die Sonne, d’Olivier Py. Acte III. Tirade de Sonia

La Religieuse, de Denis Diderot

Compagnie Les Productions Merlin, Théâtre de la Commune • Aubervilliers
06 82 91 20 03
Site : www.compagnieproductionsmerlin.fr

Adaptation et Mise en scène : Anne Théron
Assistante à la mise en scène : Jacques Séchaud
Avec : Marie-Laure Crochant
Scénographie : Barbara Kraft
Création sonore : José Barinaga
Création lumière : Benoît Théron
Collaboration à la chorégraphie : Sun Fang
Régie générale, plateau et lumière : Alain Larue
Régie son : Jean-Baptiste Droulers & Tania Volke
Production, diffusion : Emilie Leloup

Théâtre Le Montfort • 106, rue Brancion • 75015 Paris
Site du théâtre : www.lemonfort.fr
Du 6 au 24 mars 2012
Durée : 1 h 30

Tournées :
– le 10 avril 2012, Théâtre de Chelles
– le 12 avril 2012, Théâtre de Thouars
– les 17 et 18 avril 2012, Bourges

« Die Sonne » (bis)

Classé dans : Critiques — 3 avril, 2012 @ 10:51

 Avec la reprise de « Die Sonne » [le soleil], créé à la Volksbühne am Rosa-Luxembourg-Platz de Berlin en 2011 et joué par les comédiens de cette même institution, Olivier Py vient clore son mandat de directeur au Théâtre de l’Odéon. Sa pièce met l’accent avec brio sur les désillusions et les espoirs des hommes en choisissant pour toile de fond un thème cher à ses yeux, le théâtre.

  « Die Sonne » (bis) dans Critiques Die-Sonne-3

 « Die Sonne » | © Thomas Aurin

 Cette pièce se déroule au rythme des saisons ainsi que des humeurs et états d’âme qui jalonnent la vie des hommes – insouciance et éblouissement, doutes, détresse. Une montée vers les cieux suivie d’une inéluctable chute vers les abysses. Un cycle nécessaire pour tout homme qui souhaite accéder à son rêve.

Une troupe de théâtre presque familiale – Joseph, metteur en scène et auteur, sa mère Elena et sa femme Santa, accompagnés de deux autres comédiens, Charlie et Matthias – qui tente tant bien que mal de monter son spectacle, est irrémédiablement bousculée par l’arrivée d’Axel, pivot autour duquel s’articule l’histoire et s’embrasent tous les personnages.
Axel est, à l’aube du récit, un astre étincelant de fureur de vivre auquel personne ne résiste. Tous sont subjugués et aveuglés : l’un va jusqu’à se scarifier pour lui plaire, l’autre est prêt à se faire femme. Épris de liberté, sans limite ni respect aucun, il enflamme, déboussole, remet en question et met à mal ceux et ce qui l’entourent.
Joseph, si raisonnable et réfléchi, en est le plus affecté. Sa souffrance, causée par le suicide de son père, l’empêche de vivre avec passion. L’arrivée du jeune chien fou l’obligera à sortir de cet isolement. Joseph (Lucas Prisor) lui fera alors, malgré tout, don de son travail, de sa vie, de sa douleur.

Du désenchantement du monde…

Un drame vient bousculer l’équilibre établi. L’hiver est en chemin. Le soleil Axel s’est éteint et les personnages désaxés sont rattrapés par la froideur implacable du monde qui les entoure. Chacun « fait semblant » et trouve une échappatoire à la noirceur qui pèse dorénavant sur leur existence. Santa (Mandy Rudski) nous avoue, dans un monologue saisissant de franchise et de réalisme, sa renaissance à la vie par le don d’elle-même à chaque représentation théâtrale : Olivier Py nous offre là un hymne au théâtre plein de tendresse et un éloge de son serviteur, le comédien. Helena (la virtuose Ilse Ritter) évite la réalité en croquant, pour rester au devant de la scène, de jeunes metteurs en scène à la mode tandis que Charlie et Matthias tentent de se sauver, ainsi que la pièce, par la farce et le grotesque.
Seul Joseph ne fuit pas la douleur d’Axel, l’astre déchu. Il reste, le soutient, le suit dans les abysses de son âme et renonce même à son rêve, le théâtre… par amour.

…à une renaissance.

L’abnégation de Joseph viendra dans un dernier spasme réveiller Axel. C’est pour le théâtre qu’il renaît. Le printemps surgit et avec lui un nouveau cycle commence.

Notre compréhension de la pièce est alors chamboulée : Axel qui nous apparaissait jusqu’alors comme une représentation de l’insouciance de la jeunesse et de la désillusion de l’enfance serait finalement une allégorie de l’espoir : pour le metteur en scène Joseph qui se remet en selle et s’attelle à sa pièce – et pour nous tous. « Une porte ouverte » sur tous les possibles ! Ou, mieux encore, il serait tour à tour démon chatouilleur et ange gardien, nous poussant dans nos retranchements pour nous défaire de tout parasite et faux semblant et nous aidant ainsi à mieux renaître. Un foisonnement d’interprétations nous est permis et c’est ce qui fait entre autres la richesse de ce spectacle.

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« Die Sonne » | © Thomas Aurin

Dans Die Sonne, Olivier Py met en scène la désillusion et l’espoir de façon épidermique. Aidés d’un texte riche, profond et qui sonne juste, les comédiens sont transcendés. Et nous aussi ! Sebastian König fait corps avec Axel : il nous éblouie en Dieu Pan et nous entraîne avec lui dans sa folie d’écorché vif. Mandy Rudski et Ilse Ritter poussent avec finesse et justesse les sentiments de leurs personnages à leur paroxysme. Ingo Raabe et Uli Kirsch, en compères loyaux et attachants nous font rire et apportent une touche de légèreté à l’histoire.

Ils s’investissent tellement qu’ils arrivent à nous faire oublier que la pièce de 3h15 est en allemand surtitré (de quoi en faire fuir plus d’un !). Force est d’ailleurs de constater que cela sert à la pièce : voir le texte écrit aiguise notre attention.
La scénographie n’a rien à envier au jeu théâtral. Des décors mobiles sublimes, tout de briques et de métal, habillent une scène tournante et encerclent un pianiste (Mathieu Elfassi) et son instrument qui viennent dramatiser et intensifier la pièce. Enfin des lumières crues irradient dans chaque scène le public et le gênent pour mieux l’impliquer dans cette histoire qui pourrait être la sienne.

Die Sonne, d’Olivier Py
Production Volksbühne am Rosa-Luxembourg-Platz • Berlin
Site : www.volksbuehne-berlin.de
Mise en scène : Olivier Py
Avec : Uli Kirsch, Sebastian König, Uwe Pruss, Lucas Prisor, Ingo Raabe, Ilse Ritter, Mandy Rudski et Claudius von Stolzmann
Piano : Mathieu Elfassi
Dramaturgie : Maurici Farré
Scénographie & costumes : Pierre-André Weitz
Lumières : Johannes Zotz
Théâtre de l’Odéon • Place de l’Odéon • 75006 Paris
Site du théâtre : www.theatre-odeon.fr
Du 7 au 14 mars 2012
Durée : 3 h 30, avec un entracte

Die Sonne… et la lumière fut!

Classé dans : Critiques — 14 mars, 2012 @ 8:39

Je vous parlais dans un précédent billet de ma déception à l’égard de la création artistique actuelle.
Die Sonne, m’a redonné espoir.

Olivier Py – comédien, écrivain, metteur en scène, et actuellement directeur du théâtre de l’Odéon – n’en est pas à ses premiers pas! Et d’ailleurs l’engouement qu’il avait déjà suscité chez moi avec Roméo et Juliette et Adagio [Mitterrand, le secret et la mort] aurait dû me mettre la puce à l’oreille quant à l’éblouissement qui m’attendait à nouveau!Die Sonne… et la lumière fut! dans Critiques 2011_11_04_Die_Sonne_bild

Toute l’histoire tourne autour d’un personnage stellaire, astre étincelant de fureur de vie. Personne ne lui résiste, tous sont subjugués et aveuglés : l’un va  jusqu’à se scarifier pour lui plaire, l’autre est prêt à se faire femme. Pièce rapportée d’une compagnie de comédiens qui tente tant bien que mal de monter son spectacle, Axel interroge, dérange, remet en question et met à mal le travail du jeune metteur en scène, Joseph. Ce dernier, perdu et esseulé dans sa souffrance d’un père suicidé, en oublie de vivre et manque de passion. L’arrivée du jeune chien fou – épris de liberté, sans limite ni respect aucun – ébranle la troupe et réveille Joseph qui lui fait don de son travail, de sa douleur, de sa vie.

Le désenchantement du monde…

Un nourisson meurt  et tout bascule. Le soleil s’est éteint et les personnages désaxés sont rattrapés par la froideur implacable du monde qui les entoure. Chacun « fait semblant » et trouve une échappatoire à la noirceur qui pèse sur leur existence. Sonia, l’amante des 2 hommes et la mère de l’enfant mort, renaît à la vie à chaque représentation théâtrale, la grand-mère se noie dans les eaux de jouvence de jeunes metteurs en scène plein de vie et d’idéaux. Seul Joseph ne fuit pas l’astre déchu. Il reste, le soutient, et renonce à son rêve, le théâtre…par amour ?

Une porte ouverte…

Cette abnégation est le point de départ de l’ultime retournement de situation. Notre compréhension de la pièce est alors chamboulée : et si finalement Axel n’était plus la représentation de l’insouciance de la jeunesse et de la désillusion de l’enfance mais une allégorie de l’espoir ? Ce n’est plus un être de chair mais l’image onirique d’un vœu qui se réalise : pour le metteur en scène qui se remet en selle – et pour nous tous. « Une porte ouverte » sur tous les possibles.

Olivier Py met en scène la désillusion et l’espoir de façon épidermique. Aidés d’un texte riche, profond et qui sonne juste, les comédiens semblent transcendés. Ce qui nous fait oublier que la pièce de 3h est en allemand surtitré (de quoi en faire fuir plus d’un !). Force est d’ailleurs de constater que cela sert à la pièce : voir le texte écrit aiguise notre attention et attise notre compréhension.
Dans chaque scène, les lumières crues irradient – et gênent pour probablement mieux l’impliquer – le public. Des décors mobiles tous de briques et de métal habillent une scène tournante et encerclent un pianiste et son instrument qui viennent mélo dramatiser et intensifier la pièce.

Je finirai ce billet par une standing ovation pour Sebastian König qui fait corps avec son personnage – Axel –et m’a irrémédiablement éblouie.

La pièce n’est jouée qu’une courte semaine et la dernière est ce soir!

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Die Sonne [Le Soleil]
de et mis en scène par Olivier Py
du 7 au 14 mars 2012 au Théâtre de l’Odéon
Site du théâtre

Dramaturgie : Maurici Farré
Scénographie & costumes : Pierre-André Weitz
Lumières : Johannes Zotz
Distribution : Uli Kirsch, Sebastian König, Uwe Preuss, Lucas Prisor, Ingo Raabe, Ilse Ritter, Mandy Rudski et Claudius von Stolzmann et au piano Mathieu Elfassi

Le Gros, la Vache et le Mainate…

Classé dans : Critiques — 29 février, 2012 @ 8:11

Avant de tenter de vous conter la pièce, permettez-moi de pousser un petit coup de gueule (après tout c’est mon blog…je peux, non ?!) parce que depuis quelques mois toutes les pièces que je vois sont « Bof » !
Ce n’est déjà pas toujours facile d’écrire sur ce qu’on aime ou ce qu’on déteste mais dans ce cas de figure les idées affluent et le ressenti est net. Essayer de parler d’un spectacle duquel vous ressortez mitigé, eh bien, cela donne quelques idées griffonnées puis effacées, une page blanche qui …reste blanche et enfin après de longues heures de torture (j’exagère à peine!) une critique ni emballante ni repoussante et parfois même embarrassante (les affres de la relecture!). La critique tiède d’un spectacle moyen, cela pourrait ressembler à ça:

Le Gros, la Vache et le Mainate… dans Critiques LeGrosLaVacheLeMainate-affsite_4-200x300

Un gros enceint, un mainate criard et une vache invisible sont les piliers sur lesquels repose « l’opéra barge » de Pierre Guillois, joué au théâtre du Rond Point jusqu’à vendredi.

L’auteur a voulu faire du « cabaret » en enchainant numéros et performances, autour d’une histoire complètement loufoque : un couple gai – l’un mort en couche, l’autre se consolant avec tout ce qui bouge, un bébé imaginatif et gênant, une girouette aux fesses délectables,  deux tantes cougars, vicieuses et méchantes, un pianiste et un metteur en scène très présent. Voilà la trame…cela promet! Stripteases, mimes, one-man shows, vaudeville, prises à partie du public, gags et dialogues comiques s’entrelacent de façon décousue sans toutefois vraiment surprendre! Chercher un fil conducteur à la pièce serait résolument absurde, la déconstruction étant le but recherché de l’écrivain.
La pièce pourrait être un vaudeville des temps modernes qui respecte les préceptes du genre (un théâtre chantant mettant en scène d’ anodines anecdotes et parodiant le quotidien). Les anecdotes sont ici grivoises, crues et vulgaires… Mais n’est-ce pas ce qui fait rire le primate amateur de boulevard ?
Enfin, les « secrets » à taire sont sans finesse et attendus. Mais par respect tout de même, je n’en dirai pas plus.
Prude spectateur à l’ouïe délicate et la lecture raffinée…choisis un autre spectacle!! (il y a Cyrano de Bergerac en ce moment, quelle chance! Plus d’info en cliquant ici)le-gros-la-vache-et-2ww52c-199x300 Théâtre du Rond-Point dans Critiques

 

Malgré tout, le public rit…et beaucoup!! Jean-Paul Muel et Pierre Vial en vieilles tantes déglinguées et Olivier Martin-Salvan – excellent mime – y sont pour beaucoup.
Le spectacle s’apprécie si – et seulement si – on s’imagine regarder une parodie trash voire grand guignolesque d’une série B ou d’un roman-photo !! Bruitages en tout genre – de corps et d’objets – comique de répétition, danse, paillette, coïts, chansonnette…en deviennent alors presque drôles (enfin…si j’en crois les couinements de ma voisine de devant!!)

 

Pour ma santé scribuscale et histoire de faire un peu vivre ce blog, je vous invite dans les commentaires à citer la dernière pièce vue que vous avez DETESTEE ou ADOREE.
J’irai les voir avec plaisir en espérant en ressortir avec des arguments noirs ou blancs et écrire des articles peut-être un peu moins gris!

Le Gros, la Vache et le Mainate
Opérette barge

Au Théâtre du Rond Point (Paris 8e) jusqu’au samedi 3 mars 2012.
Texte: Pierre Guillois
Avec Pierre Guillois (en alternance avec Gregory Gerreboo), Olivier Martin-Salvan, Jean-Paul Muel, Luca Oldani, Pierre Vial
Site du théâtre

D’un Cyrano à 30 fusils et 100 casseroles….

Classé dans : Critiques,Sorties à venir — 5 février, 2012 @ 9:45

La pièce d’Edmond de Rostand est un classique. Récit historique, poésie romantique, hymne au courage militaire et à la grandeur d’âme, Cyrano de Bergerac est avant tout une histoire d’amour qui ferait fondre n’importe quel psychopathe du sentiment…

L’histoire est simple mais les personnages complexes – Cyrano amoureux éperdu de sa cousine Roxane, plein d’esprit, courageux mais fort laid (son nez démesuré vous est probablement familier!) – prête sa plume et ses mots à Christian, bellâtre un peu benêt mais jeune et attirant, pour l’aider à compter fleurette et conquérir la belle. Séduite par la beauté et les vers empruntés du jeune cadet, elle ne voit pas celui dans l’ombre. Son amant, avant de mourir au combat, fait promettre à Cyrano de lui révéler la supercherie … ce qu’il ne fera pas pour garder l’image intacte qu’avait Roxane de son amant. L’omission héroïque et pétrie d’amour ne sera percée au grand jour qu’au dernier souffle de Cyrano. Dans une tirade à l’image de sa vie – pleine de panache, d’abnégation et humoristique - il avouera alors amour et écrits.

Certes, l’histoire peut paraître vieillotte et désuète; un conte chevaleresque pour grande naïve complètement fleur bleue dans lequel l’amour est pudique, eternel et platonique! Mais ce serait sans compter sur le ton juste de l’écrivain qui – tout en vers – manie pathos, humour et esprit avec virtuosité rendant la pièce intemporelle.

La mise en scène de Denis Podalydès à la comédie française était impressionnante : une cinquantaine de comédiens gardes, cadets ou pâtissiers  fourmillant et chantant sur scène et des décors et costumes somptueux. Je me souviens en particulier d’une scénette dans les cuisines de chez Ragueneau où de grandes tables remplies de victuailles alléchantes surgissaient du sous sol en même temps que descendaient du ciel faisans et autres volatiles accrochés à leurs esses. Et de la scène où Christian meurt: une reproduction du radeau de la méduse avec soldats, sang au fusil, emmêlés les uns aux autres.

Ces scènes grandioses étaient complétées par les tirades aussi émouvantes  que pénétrantes de Cyrano interprété par Michel de Vuillermoz .
Un paquet de mouchoir n’aura pas suffit à épancher mes pleurs!

Suite dans le billet : « …à un Cyrano à 2 voix »